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Ce que l’on regrette de ne pas avoir demandé à ses parents

4 oct.
8 min de lecture

Dernière mise à jour : 5 oct.

Il existe des questions que l’on pense pouvoir poser plus tard.

On connaît l’histoire dans ses grandes lignes. On sait que telle photographie représente la famille, sans vraiment savoir qui se tient au deuxième rang. On a entendu parler d’un grand-père parti travailler ailleurs, d’une maison vendue autrefois, d’un frère dont on prononce rarement le nom. Un jour, se dit-on, il faudra demander.

Puis les années passent.

Et certaines réponses ne sont plus accessibles.

Dans les recherches familiales, les archives permettent de retrouver beaucoup de choses : une naissance, un mariage, une profession, une adresse, un parcours militaire, une succession ou parfois les circonstances d’un déplacement.

Elles ne disent pas tout.

Elles ne nous apprennent pas nécessairement comment une grand-mère parlait de son enfance, pourquoi un homme a quitté son village, qui se trouve sur une photographie sans aucune annotation ou ce qu’une famille pensait d’un événement qu’elle a traversé.

Ces renseignements-là appartiennent souvent à ceux qui peuvent encore les raconter.


Si vos parents ou grands-parents peuvent encore témoigner de l’histoire familiale, commencez par leur demander d’identifier les personnes, les lieux et les événements dont ils se souviennent. Interrogez-les sur leurs parents et grands-parents, les métiers, les maisons, les déménagements, les photographies et les histoires transmises dans la famille. Notez également qui vous a donné chaque information et à quelle date : un souvenir est une source de témoignage, mais il doit rester distingué d’un fait établi par les archives.


Mère et fille regardant un album pour recueillir les souvenirs de leur histoire familiale
Illustration : recueillir les souvenirs familiaux à partir des photographies anciennes

Pourquoi faut-il interroger sa famille avant de commencer certaines recherches ?

Parce que certaines informations ne se trouvent nulle part ailleurs.

Une date de naissance pourra probablement être retrouvée dans l’état civil. Le surnom employé par toute la famille, beaucoup moins.

Une photographie peut survivre cent ans. L’identité des cinq personnes qui y figurent peut disparaître en une génération.

Il en va de même pour les maisons, les métiers ou les déplacements. Une grand-mère peut se souvenir que son propre père travaillait « au chemin de fer » ou qu’un oncle était parti « vers Bordeaux ». L’information est encore imprécise, mais elle fournit une piste que les archives permettront ensuite d’examiner.

La mémoire familiale et la recherche documentaire n’ont donc pas la même fonction.

Le témoignage raconte ce qui a été retenu et transmis. L’archive permet, lorsqu’elle existe, d’établir ou de confronter certains faits.

Les deux deviennent particulièrement intéressants lorsqu’on les fait dialoguer.


Recueillir ces souvenirs peut aussi devenir le point de départ d’un projet concret. Lorsqu’un livre ou une généalogie doit être offert à la famille, anticiper la transmission de son histoire familiale pour Noël permet de mener ces entretiens avant de commencer l’écriture.



Photographie ancienne identifiée avec l’aide d’un proche et d’un carnet de notes
Illustration : recueillir les souvenirs familiaux à partir des photographies anciennes

Quelles questions poser à ses parents et grands-parents ?

Il n’est pas nécessaire d’arriver avec un questionnaire de cinquante questions.

Une conversation autour d’une photographie, d’un livret de famille ou d’une maison peut être beaucoup plus féconde.

Commencez par les personnes qu’ils ont réellement connues.

Demandez comment s’appelaient leurs parents et leurs grands-parents, où ils vivaient, quels métiers ils exerçaient. Puis laissez venir les souvenirs : leur caractère, leurs habitudes, les personnes qu’ils fréquentaient, les fêtes familiales, les départs, les périodes difficiles, les déménagements.

Certaines questions très simples ouvrent parfois beaucoup de portes :

Qui habitait dans cette maison ?

À quoi ressemblait votre grand-mère ?

De quoi vivait la famille ?

Pourquoi avez-vous quitté cette commune ?

Qui venait régulièrement à la maison ?

Y avait-il quelqu’un dans la famille dont on parlait peu ?

Savez-vous qui sont les personnes sur cette photographie ?

Quels événements familiaux vous racontait-on lorsque vous étiez enfant ?

Une réponse en entraîne souvent une autre.

Il est généralement plus intéressant de laisser la personne raconter que de vouloir suivre strictement l’ordre d’un questionnaire.


Pourquoi les photographies sont-elles si importantes ?

Parce qu’elles font surgir des souvenirs auxquels une question abstraite n’aurait pas nécessairement donné accès.

« Parle-moi de ton enfance » peut laisser quelqu’un hésitant.

Montrer une photographie d’une maison, d’un mariage ou d’un groupe familial est beaucoup plus concret.

« Qui est cette femme ? »

« Où cette photo a-t-elle été prise ? »

« Pourquoi cet homme portait-il cet uniforme ? »

Un visage en rappelle un autre. Une maison fait revenir le nom d’un village. Une robe de mariage permet parfois de retrouver une cérémonie, une date approximative ou des personnes présentes ce jour-là.

C’est aussi le moment d’écrire les identités au dos des photographies ou, pour les fichiers numérisés, de conserver ces renseignements dans leur description.

Une photographie non identifiée reste une image.

Lorsqu’on connaît les personnes, le lieu, la période et les circonstances dans lesquelles elle a été prise, elle devient un document familial.


Lorsque les personnes peuvent encore être reconnues, mieux vaut ne pas attendre pour noter les noms, les liens familiaux, le lieu et la période. Quelques précautions simples permettent de préserver l’identité des anciennes photographies familiales avant que ces renseignements ne disparaissent.


Faut-il croire tous les souvenirs familiaux ?

Non. Mais il ne faut pas davantage les écarter parce qu’ils sont imprécis.

Une personne peut confondre deux dates, attribuer une histoire à la mauvaise génération ou avoir reçu elle-même une version transformée d’un événement.

Cela ne rend pas son témoignage inutile.

Si votre mère vous dit que son grand-père est « parti en Amérique avant la guerre », notez cette formulation telle qu’elle vous a été donnée. Ne la transformez pas immédiatement en départ pour les États-Unis en 1913.

Il faudra ensuite chercher.

Quel grand-père ? Quelle guerre ? L’Amérique désignait-elle les États-Unis, le Canada ou un autre territoire dans le récit familial ? Existe-t-il une liste de passagers, un recensement, un dossier de naturalisation, une correspondance ?

Cette distinction est importante dans un dossier généalogique :

« Selon le souvenir de sa petite-fille… » n’a pas la même valeur que « l’acte de mariage du 12 mai 1894 indique… »

Les deux informations peuvent être conservées.

Elles ne doivent simplement pas être confondues.

C’est également la meilleure manière d’aborder les légendes familiales et les histoires transmises : les recueillir d’abord, puis rechercher ce que les documents permettent réellement d’en établir.


Un récit transmis mérite donc d’être conservé avant d’être vérifié. La recherche consiste ensuite à confronter les légendes familiales aux archives disponibles, sans chercher à confirmer à tout prix ce que la famille raconte.


Comment aborder les questions plus délicates ?

Toutes les histoires familiales ne sont pas heureuses et toutes les personnes n’ont pas envie de tout raconter.

Une séparation, un enfant né hors mariage, une adoption, une guerre, un conflit familial, une faillite ou un départ inexpliqué peuvent encore toucher directement celui que vous interrogez.

La recherche familiale ne donne aucun droit à forcer une confidence.

Une question peut être posée. Un refus doit pouvoir être entendu.

Il est souvent préférable de commencer par des faits simples et de laisser la personne décider jusqu’où elle souhaite aller. Certaines réponses viennent plus tard, lorsque la conversation a eu le temps de s’installer.

Et parfois elles ne viennent pas.

Ce silence fait lui aussi partie de l’histoire familiale, sans qu’il soit nécessaire de lui attribuer une explication que l’on ne possède pas.


Comment conserver correctement les réponses ?

C’est probablement l’étape la plus souvent oubliée.

Quelques semaines après une longue conversation, on croit encore se souvenir de tout. Cinq ans plus tard, on ne sait plus toujours si telle information venait de sa mère, de sa tante ou d’un document retrouvé entre-temps.

Un simple carnet peut suffire.

Notez le nom de la personne interrogée, la date de l’entretien et, si possible, les personnes ou événements évoqués. Si vous enregistrez la conversation, faites-le avec son accord et conservez le fichier sous un nom compréhensible.

Pour une photographie identifiée, relevez également qui a reconnu les personnes et quand.

Cette petite précision peut devenir très importante pour celui qui reprendra le dossier une génération plus tard.

Conservez aussi les incertitudes.

« Probablement la sœur de mon grand-père » est une information parfaitement acceptable.

Il serait beaucoup plus problématique de supprimer le mot « probablement » et de transformer cette identification en certitude.


Carnet utilisé pour noter et conserver les souvenirs transmis par un membre de la famille
Illustration : recueillir les souvenirs familiaux à partir des photographies anciennes

Que peuvent retrouver les archives lorsque les proches ne savent plus ?

Beaucoup de choses, mais pas tout.

L’état civil permet de reconstruire les filiations. Les recensements peuvent replacer une famille dans un foyer et un lieu à une date donnée. Les archives militaires éclairent certains parcours. Les actes notariés renseignent sur les mariages, les successions, les biens et les transmissions. Le cadastre et les sources foncières permettent de suivre une propriété. D’autres fonds peuvent documenter une profession, une migration ou un événement particulier.

Les archives peuvent également révéler que le souvenir familial s’est transformé.

Ce que l’on croyait être un arrière-grand-père était un grand-oncle. Le départ supposé définitif a été suivi d’un retour. La maison présentée comme appartenant depuis toujours à la famille a été acquise beaucoup plus tard.

Ce n’est pas un échec de la mémoire.

C’est précisément l’intérêt de confronter ce qui a été raconté à ce qui peut être documenté.

Lorsque ces témoignages donnent envie d’aller plus loin, on peut ensuite reprendre les premières étapes pour débuter sa généalogie en France, en partant des documents familiaux avant de remonter les générations dans les archives.


Comment transmettre autre chose qu’une suite de dates ?

Une généalogie peut être parfaitement exacte et pourtant devenir difficile à transmettre.

Une succession de noms, de dates et de lieux intéressera celui qui a effectué les recherches. Pour ses enfants ou ses petits-enfants, elle aura souvent besoin d’être expliquée.

C’est là que les témoignages recueillis prennent une autre valeur.

Ils permettent de relier les actes aux personnes : une photographie à un nom, une adresse à une maison, un métier à une manière de vivre, un déplacement à une histoire familiale.

Il faut simplement conserver la distinction entre ce qui vient des archives, ce qui vient d’un témoignage et ce qui demeure une hypothèse.

Cette matière peut ensuite être organisée sous différentes formes : un dossier familial, un arbre documenté, des photographies légendées ou un récit.

Dès que les documents et les témoignages commencent à s’accumuler, il devient utile de réfléchir à la manière de partager sa généalogie avec sa famille pour qu’elle reste compréhensible par ceux qui ne l’ont pas recherchée.

Lorsque photographies, archives et témoignages forment déjà une matière importante, réunir cette histoire dans un livre familial permet de la transmettre sous une forme construite tout en conservant la distinction entre souvenirs et faits documentés.


Documents généalogiques et photographies réunis pour transmettre une histoire familiale
Illustration : recueillir les souvenirs familiaux à partir des photographies anciennes

Il n’est pas trop tard tant que la parole existe

Il n’est pas nécessaire de transformer chaque repas de famille en entretien généalogique.

Commencez par une personne.

Une photographie.

Une question.

Puis notez la réponse.

Vous retrouverez probablement les dates dans les archives. Vous pourrez rechercher les actes, les maisons et parfois les parcours.

Mais le jour où vous voudrez savoir comment votre grand-mère appelait sa propre grand-mère, pourquoi votre père parlait toujours de telle maison ou qui était cet homme au fond d’une photographie, aucun moteur de recherche ne pourra nécessairement vous rendre cette réponse.

C’est souvent cela que l’on regrette de ne pas avoir demandé.


Préserver et transmettre ces témoignages

Si vous possédez déjà des photographies, des documents et des souvenirs familiaux mais ne savez pas comment les organiser, Terre d’Ancêtres peut les confronter aux recherches généalogiques et documentaires afin de construire un récit dans lequel l’origine des informations reste identifiable.


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